Amandine Leynaud : «Je n’aurais pas pu rêver mieux»

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À 36 ans, la gardienne de l’équipe de France a décidé de mettre un terme à sa carrière. Un choix qu’elle est venue expliquer au Figaro, ainsi que de nombreux autres sujets.

Amandine, avec le recul qui est le vôtre désormais, qu’est-ce que vous retiendrez de votre dernier match ?
Amandine Leynaud : Je me sens hyper chanceuse d’avoir vécu un dernier match au plus haut niveau, en finale de Ligue des champions, au terme d’un week-end de folie. Même si la médaille d’or n’a pas été au rendez-vous, j’ai vraiment pris du plaisir à chaque instant et c’est ce que je retiendrais de ce week-end et de ce dernier match joué devant un public de 16.000 personnes. Cela montre bien à quel point le handball féminin a évolué depuis le début de ma carrière. C’était tellement agréable et j’en ai vraiment profité jusqu’au bout.

Cela vous a-t-il aidé à mieux profiter que d’avoir pris votre décision d’arrêter il y a plusieurs mois ?
Bien sûr. Je pense que cette décision a été le fruit d’un long processus. Quand tu es sportive de haut niveau, tu te retrouves un peu dans une machine dans laquelle tu joues tous les trois jours. Il y a toujours quelque chose de plus à faire, à aller chercher. Cela ne s’arrête jamais et c’est dur parfois de simplement profiter de l’instant. De prendre ma décision très tôt m’a permis de me libérer, de profiter de chaque instant, de me dire que je faisais encore ce que j’aimais. Et je suis tellement heureuse d’avoir eu le choix de la fin de ma carrière, sans blessure, en étant encore pas trop mauvaise (sourire). Je n’aurais pas pu rêver mieux, que ce soit en équipe de France et en club.

On m’a même proposé de gros contrats, y compris à Gyor où ils m’ont dit que je pouvais changer d’avis quand je voulais

Amandine Leynaud

Quand vous dites «pas trop mauvaise», vous êtes modeste. Vous avez encore largement le niveau et quand on voit des sportifs ou des sportives continuer jusqu’à 40 ans, pourquoi vous arrêtez-vous à 36 ?
C’est plus un choix personnel, de vie. J’ai envie de profiter de mes enfants. Même si être sportive de haut niveau a été une expérience exceptionnelle, qui m’a permis de vivre des moments que je ne revivrai jamais, je pense que la vie peut m’apporter autre chose. L’adrénaline des matches va forcément me manquer, mais ce n’est pas une fin en soi. Le sport de haut niveau m’a fait grandir, évoluer, et justement, je suis à une période de ma vie où j’ai besoin de me servir de tout ça dans de nouveaux challenges. J’ai envie de découvrir d’autres choses. Jouer au hand, je sais le faire. On m’a même proposé de gros contrats, y compris à Gyor où ils m’ont dit que je pouvais changer d’avis quand je voulais (sourire). Mais j’ai aussi envie de… (Elle réfléchit) J’avais envie de finir au plus haut niveau. Comme je le disais, j’avais envie d’une fin comme ça. Je connais les sacrifices qu’il faut faire pour être à ce niveau-là et c’est de plus en plus dur. Je n’ai aucun regret.

Quelle importance accordez-vous à votre palmarès et au fait d’avoir tout gagné (championne olympique, du monde, d’Europe, vainqueur de la Ligue des Champions…) ?
C’est souvent une question que l’on me pose, de savoir ce que cela fait d’avoir tout gagné dans mon sport… J’avoue que je ne sais pas comment je réagirai si c’était l’inverse, si je n’avais rien gagné ou très peu. Est-ce que du coup j’aurais encore envie de continuer ? Peut-être que d’avoir le sentiment de ne pas avoir fait tous ces sacrifices pour rien me permet d’être en paix avec moi-même. Je ressens un vrai soulagement. J’ai eu la chance d’évoluer dans des équipes qui m’ont permis d’y parvenir. Je connais tellement de joueuses qui ont été extraordinaires ou qui le sont encore et qui n’ont jamais gagné de grands titres, alors qu’elles le méritent mille fois.

Vous parliez de votre envie de nouveaux challenges. Ceux-ci se situent-ils dans le handball ou dans un univers totalement différent ?
Dans un premier temps ce sera dans le handball car c’est quand même ce que je fais de mieux (rires). J’ai toujours eu cette envie de partager mon expérience. Je l’ai fait avec Laura (Glauser) et Cléo (Darleux) en équipe de France. Le poste de gardienne est tellement spécifique que je pense pouvoir apporter à certaines jeunes. Je trouverais cela égoïste de ne pas partager tout ce que j’ai appris durant ma carrière. Mais j’ai aussi envie de découvrir plein d’autres choses. Quoi ? C’est toute la question, mais je suis vraiment ouverte à tout. Je veux rencontrer de nouvelles personnes pour continuer d’apprendre, d’avancer. J’ai la chance de pouvoir vivre plusieurs vies en une seule, c’est trop cool (sourire).

Comment comptez-vous trouver le bon équilibre entre votre vie familiale et votre vie professionnelle ?
Pour moi, ce sera très simple : je ferais mes choix en fonction du temps que je pourrais passer avec ma famille. Travailler sans cesse comme je l’ai fait pendant 20 ans, aujourd’hui, je n’en ai pas envie. Dans deux ou trois ans, cela reviendra mais je crois avoir gagné le droit de profiter un peu plus de mes enfants. Je pense qu’il ne faut pas tomber dans le piège, quand ta carrière de sportive s’arrête, de s’emballer et de vouloir dire oui à toutes les sollicitations. Je suis quelqu’un de simple, j’aime les choses simples. Mes choix seront en fonction du bien-être de ma famille avant le mien, puisqu’ils ont mis le leur entre parenthèses le temps de ma carrière.

Le handball m’a apporté tellement plus qu’il ne m’a enlevé de choses.

Amandine Leynaud

Avez-vous le sentiment d’avoir sacrifié beaucoup de choses durant votre carrière ?
Bien sûr que tu sacrifies beaucoup de choses. Tu pars de chez tes parents à 15 ans, tu n’as pas la même vie sociale qu’une jeune fille de 17-18 ans, tu fais attention à tout… Et ensuite, quand tu commences à fonder une famille, tu fais d’autres sacrifices. Moi, j’ai eu la chance d’avoir ma femme qui m’a accompagnée dans mon parcours en me soutenant toujours. Et puis s’il y a eu des sacrifices, ils pèsent nettement moins lourds que tout ce que ma carrière m’a apporté. J’adore l’Ardèche, d’ailleurs j’y retourne y vivre, mais si j’étais resté là-bas tout le temps… Le handball m’a apporté tellement plus qu’il ne m’a enlevé de choses. Et quand je parle de handball, je ne parle pas uniquement de médailles, mais de rencontres, d’ouverture d’esprit, d’apprendre une nouvelle langue… Cela m’a tellement enrichi. L’aspect humain à mes yeux est hyper important et cela m’a permis d’être la femme que je suis aujourd’hui.

Craignez-vous ce que beaucoup d’anciens sportifs ou sportives qualifient de petite mort à l’arrêt de leur carrière ?
Pas du tout, mais peut-être que je me trompe… Je ne sais pas, j’irais faire du saut en parachute pour trouver de l’adrénaline (rires). Tu peux toujours vivre d’autres expériences. C’est à chacun d’être en accord avec soi-même. Et puis je suis quelqu’un de posé, qui prend du plaisir dans des moments très simples. Un repas de famille par exemple, j’en ai raté tellement que je suis heureuse de pouvoir les vivre. Ce n’est pas de l’adrénaline, mais c’est de l’amour. Il y a des choses qui ont pu me manquer durant ma carrière, que je vais avoir désormais le temps de faire et qui m’apporteront cet équilibre.

Vous avez toujours eu valeur d’exemple durant votre carrière, mais on n’a pas l’impression pour autant que vous jouiez un rôle. Ou dit autrement, vous n’avez jamais cherché à être un exemple, vous l’avez juste été naturellement…
La seule chose que j’ai cherchée, c’est à être exemplaire sur le terrain. Je voulais être bonne pour mon équipe et je voulais qu’on ne parle que de mes performances. Je ne suis pas quelqu’un branchée réseaux sociaux, qui aime se mettre en avant. Même après un match, je ne suis pas forcément très à l’aise avec les compliments individuels. Simplement, j’aime être professionnelle et j’assume le statut que l’on voulait me donner. Cela me faisait avancer aussi. J’aime la compétition, c’est ancré en moi. Mais en dehors du terrain, oui, je n’ai rien forcé, c’est venu naturellement. J’ai été moi-même et je n’ai jamais cherché autre chose que de me faire plaisir.

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, dès que tu fais partie d’une communauté, entre guillemets, tu es obligé d’en parler, de le revendiquer.

Amandine Leynaud

On a parlé beaucoup de l’homosexualité dans le sport récemment. Vous avez fait votre «coming out» il y a très longtemps, mais vous n’avez jamais eu envie d’en parler davantage ?
Non, pourquoi aurais-je dû le faire ? Pour moi, tout le monde le savait et je vis normalement. Je sais qu’il y a plein de jeunes qui vivent des moments difficiles en raison de leur orientation sexuelle. Mais moi, je l’ai vécu assez simplement et je ne me sens pas le devoir de me justifier. Tout comme je ne pense pas avoir le droit de donner des conseils à des personnes qui ressentent une souffrance que je n’ai pas connue. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, dès que tu fais partie d’une communauté, entre guillemets, tu es obligé d’en parler, de le revendiquer. Moi, je suis très heureuse si je peux aider certaines jeunes à assumer qui elles sont, mais je vis ma vie comme tout le monde. Je parle de mon homosexualité librement.

Vous n’avez jamais ressenti ou vécu de l’homophobie ?
Non, jamais je n’ai été confrontée à ce genre de choses. Très honnêtement, ni de la part d’un staff, ni d’une coéquipière, ni personne. Tout est une question de médiatisation, d’influence, d’argent. De sexe aussi sans doute. C’est certainement plus difficile pour un homme de dire qu’il est gay. La société a beaucoup évolué, mais il faut qu’elle évolue encore. Chez les hommes, l’homosexualité demeure un sujet tabou car beaucoup ressentent encore le devoir d’assumer être un homme, d’avoir cette image de patriarche, de tout ce que vous voulez y associer. C’est la société dans laquelle on a grandi, tout simplement, qui a défini comment un homme devrait être. Alors qu’un homosexuel peut avoir la même vie que n’importe qui. Je ne comprends pas qu’on n’accepte pas ça.

Dans le championnat de handball féminin, seule Angélique Spincer occupe un poste d’entraîneur. Trouvez-vous cela regrettable ?
Franchement, que ce soit homme ou femme, tout ce qui m’intéresse, c’est d’avoir des personnes compétentes. Après, évidemment, ce serait mieux s’il y avait un peu plus d’égalité. Mais dans le sport de haut niveau, la performance demeure le plus important. Simplement, la seule chose que je regrette, c’est qu’encore aujourd’hui, ce soit sans doute un peu plus dur pour une femme d’obtenir un tel poste car cela reste un milieu d’hommes. Angélique montre l’exemple, et il y en a eu quelques autres avant elle, mais trop peu.

Pousserez-vous vos enfants (un garçon et une fille) à faire du handball ?
Non. Ils sont souvent venus à mes entraînements, moins en matches car les rencontres sont souvent le soir. Mais ils ont passé beaucoup de temps au bord des terrains. Le sport a l’air de les intéresser. Mais le handball pas plus que cela. Tout ce dont j’ai envie, c’est qu’ils fassent du sport car c’est primordial dans la santé mentale de tout être humain. Mais après, peu importe quelle discipline ils choisiront. Ils feront leur choix sans que je les oriente même si, inconsciemment, de par ma carrière, la question de faire du hand se posera sans doute plus.

Réalisent-ils ce que vous avez réussi durant votre carrière ?
Non, ils sont trop jeunes encore. Ils réalisent surtout que j’ai passé beaucoup trop de temps loin d’eux. Ils me disaient tout le temps : «Quand est-ce que tu rentres maman ?» C’est très simple dans la tête des enfants. Il n’y a rien de mieux pour se remettre les pieds sur terre. Mais un jour viendra où je leur montrerai certaines choses. Ne serait-ce déjà que, pour le moment où on leur demandera ce que fait sa maman, ils ne répondent pas : «elle joue avec un ballon». Ou non, ils vont dire que je suis à la retraite et tout le monde va croire que leur maman a 60 ans (rires).

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