Après «l’électrochoc» des municipales, LREM tente de se réinventer

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Certains lapsus sont, dit-on, révélateurs. Celui de Stanislas Guerini, ce vendredi soir, fut pour le moins évocateur. « Vous connaissez, comme moi, ce sur quoi notre aventure collective a été battue… bâtie », lance le délégué général de La République en marche (LREM), à la tribune de l’espace Mégacité d’Amiens (Somme). En avril 2016, Emmanuel Macron avait prononcé en ces lieux l’acte de naissance de sa machine à gagner la présidentielle. Quatre ans plus tard, tandis que s’y tient le rendez-vous de rentrée du parti, l’heure n’est plus à l’ascension fulgurante mais à la remise en question. « Le mouvement est resté dans l’ADN de 2017, celui de la start-up et du renouvellement des pratiques, mais entre-temps les choses ont beaucoup évolué politiquement. Il ne faut donc pas s’interdire de réfléchir à son évolution et innover à nouveau, une forme de nostalgie ne peut pas nous impuissanter », théorise ainsi Stéphane Séjourné.

« Je suis à ma place, mobilisé, je comprends ce qui ne va pas. Il y a des difficultés. Le mouvement, il doit continuer à changer », reconnaît en aparté Stanislas Guerini, mettant toutefois en avant l’apport des « idées » du parti dans la conception du plan de relance. Il le sait, en coulisses, les critiques fusent sur la faiblesse de cet appareil. La déroute des élections municipales, surtout, est dans toutes les têtes. Un « électrochoc », juge un Macroniste. « On a notre première cicatrice électorale », dit le délégué général. Sans doute – il n’y en a guère – est-ce cela qu’il a à l’esprit, lorsque son lapsus lui échappe. Les bisbilles avec le MoDem, et entre Marcheurs, avec en toile de fond la multiplication des candidatures dissidentes, ont pollué ce rendez-vous électoral puis conduit à une lourde défaite.

«Place au rassemblement !»

« Le mot d’ordre pour les prochaines élections est donc clair : zéro division », martèle Guerini devant les quelque 400 participants à cette réunion de rentrée. Pour rebondir et rassembler, il mise sur « cette maison commune que nous devons bâtir, à l’invitation du président de la République ». Les temps ne sont pas à l’hégémonie de LREM, cette « maison » aura un deuxième pilier, le MoDem. Le délégué général la veut « ouverte », à Agir et aux Radicaux, à des élus ou associations d’élus, des think tanks. « Place au rassemblement! », abonde Jean Castex, qui délivre son message à distance. « Cas contact », c’est depuis Matignon, où il est confiné, que le Premier ministre rappelle que « le dépassement sera d’un précieux concours », invite à « l’union des bonnes volontés ».

Crise sanitaire oblige, François Bayrou aussi s’exprime par le biais d’une vidéo. « Je ne parle pas en invité extérieur, mais en militant de la cause commune que nous défendons », entame le président du MoDem. Il était jusqu’ici si peu allant à l’idée de créer une confédération de partis… Mais l’affaire a été actée en haut lieu, à l’Elysée, lors d’un dîner politique le 25 août.

Monter des listes communes aux élections régionales

Pour cela il faudra, prévient Bayrou depuis Pau, « que nous trouvions au niveau personnel, humain, de l’estime réciproque, du respect, de la compréhension et de cette bonne volonté qui fait que l’on travaille ensemble et pas pour soi ». Un rappel, en creux, des tensions et difficultés passées qui n’ont cessé d’émailler les relations entre les deux partis depuis les investitures aux législatives de 2017. En écho, Stanislas Guerini juge en petit comité qu’il faudra d’abord en passer par « des travaux pratiques » et « des preuves d’amour ».

Les deux hommes ont échangé mercredi pour poser les premières bases. Objectif, parvenir à monter des listes communes aux élections régionales. Puis, cette échéance électorale passée, viendra le temps de véritablement poser les fondations de cette « maison ». « Une réponse à ceux qui veulent faire du président le candidat d’un camp », estime Guerini. En ligne de mire, la présidentielle de 2022.

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