«Aux antipodes du message du Christ» : des catholiques réclament une consigne claire des évêques contre Le Pen

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À l’approche du second tour de l’élection présidentielle, de nombreuses voix parmi les catholiques regrettent le manque de prise de parti de l’église contre Marine Le Pen et reprochent à l’épiscopat d’être trop frileux, comme il y a cinq ans. « Davantage qu’en 2017, la candidate Marine Le Pen a la possibilité de remporter cette élection présidentielle », s’alarme le père Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon, l’un des initiateurs de la Marche des Beurs en 1983, dans une tribune au Monde lundi.

Cet homme d’Église se désole des scores cumulés obtenus au premier tour par Marine Le Pen, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan chez les catholiques : 40 % ont voté pour l’extrême droite, contre 30 % dans la population totale, selon un sondage Ifop pour La Croix. « Un échec pour le christianisme », écrit-il.

Des valeurs « aux antipodes du message du Christ »

Un « chiffre [qui] bouleverse », ajoute-t-il, aux côtés de plusieurs personnes engagées dans l’Église, dont la directrice de Témoignage chrétien Christine Pedotti, dans un autre appel aux catholiques « tentés de voter pour la candidate d’extrême droite ». « La préférence nationale, le refus d’accueillir l’étranger, le repli identitaire, la peur d’un supposé grand remplacement, la défense d’une civilisation chrétienne sont aux antipodes du message et de la vie du Christ », font-ils valoir.

D’autres expressions ont vu le jour également, comme cette tribune de 26 organisations chrétiennes – dont le Secours catholique et les Scouts et Guides de France – qui réclament « d’éviter le pire », dans le quotidien Ouest-France. Ou encore celle du collectif Anastasis, groupe de « réflexion-action » de jeunes chrétiens, qui réclame dans un communiqué de « repousser le danger le plus imminent » et indique clairement vouloir voter « pour Emmanuel Macron », écartant l’abstention.

Le silence assourdissant de la Conférence des évêques

Ces appels interviennent alors que la Conférence des évêques de France (CEF) n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour. Mercredi, son conseil permanent (l’exécutif) s’était contenté de rappeler « aux catholiques l’importance de voter et de le faire en conscience, à la lumière de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église ».

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, a semblé aller un peu plus loin samedi dans nos colonnes, en invitant chaque Français à « lire le programme de Marine Le Pen », appelant chacun à « mesurer les conséquences » de son vote.

Seul l’archevêque de Strasbourg, Mgr Luc Ravel, a pris clairement parti, à titre personnel, estimant qu’Emmanuel Macron « paraît bien plus, dans la situation internationale et nationale d’aujourd’hui, capable de fédérer ». « Le vote de protestation que l’une des candidates porte ne me semble pas cohérent avec aujourd’hui le besoin de calme, de critique, certainement aussi, donc de critique positive et d’unité nationale », a-t-il ajouté sur Franceinfo vendredi.

Une église à la stature affaiblie par les scandales sexuels

Dans sa tribune, le père Delorme réclame d’aller plus loin. Il en appelle « à une parole publique de la part des évêques de France pour que ceux-ci affirment collectivement qu’un vote en faveur d’un(e) candidat(e) d’extrême droite est incompatible avec la foi chrétienne ». L’épiscopat avait pris position contre le Front national en 2002, mais pas en 2017, avant le second tour qui avait déjà opposé Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ce qui lui avait été reproché par des catholiques.

Christian Delorme avance au moins deux explications : « l’horreur et l’ampleur des crimes pédophiles dans l’Église ont considérablement affaibli l’autorité morale de cette dernière ». En janvier, les évêques, en présentant un texte – très prudent – avant le scrutin, avaient en effet admis s’exprimer « avec humilité », trois mois après la parution du rapport Sauvé sur l’ampleur de la pédocriminalité dans l’Église.

« On sent également une crainte, dans l’épiscopat, de toute division interne. Il y a, pareillement, la peur de déchirer les communautés chrétiennes et même la peur de devoir faire face à la fronde – ou à la désertion – d’une part importante des forces militantes actuelles du catholicisme français », analyse le père Delorme.

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