Enrico Letta, ex-président du Conseil italien : “Nous sommes très proches d’une récession en Europe”

Europe

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Le 9 mai 2022, lors de son discours de clôture de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, Emmanuel Macron a émis l’idée d’une “Communauté politique européenne”, calquée sur la “Confédération européenne” théorisée par Enrico Letta, actuel secrétaire national du Parti démocrate et ancien président du Conseil italien, que nous recevons cette semaine. Droit de veto, solidarité européenne, risque de récession et Confédération européenne, il nous livre ses idées pour l’Union européenne.

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• Sanctions contre la Russie et règle de l’unanimité

La sixième vague de sanctions européennes contre la Russie se fait attendre. Pour Enrico Letta, c’est à cause de “ce maudit droit de veto qui rend possible pour un pays de tout bloquer et donne à chaque pays la possibilité de faire du chantage. Il est toujours employé par un pays pour une raison d’intérêts très spécifiques et particuliers, contre l’Europe et contre l’intérêt européen”. Selon lui, la Hongrie, qui craint que l’embargo sur le pétrole russe n’ait des répercussions sur son économie, “a décidé de se mettre dans une position négative”. “Énorme erreur, car Poutine ne comprend que la force et cela lui donne l’idée que nous, les Européens, ne sommes pas sérieux, divisés et donc qu’il peut faire ce qu’il veut”. 

Certains États membres, dont la Hongrie, ont récemment critiqué l’UE pour son manque d’aide financière face aux vagues migratoires. Faux et populiste. D’ailleurs, “ce n’est pas l’aide financière qui va résoudre les questions migratoires, mais la capacité de redistribuer les réfugiés sur tout le territoire européen, et c’est ce que les Hongrois et d’autres pays européens ne veulent pas”.

• La Finlande et la Suède dans l’OTAN ?

Enrico Letta salue la demande d’adhésion à l’OTAN de la Finlande et de la Suède et affirme qu’il y a “une solidarité européenne” vis-à-vis de ces pays, et surtout de la Finlande, avec ses 1 300 kilomètres de frontière commune avec la Russie. Il ne s’attend d’ailleurs pas à ce que la Russie riposte, car “ils vont rapidement comprendre que c’est de leur faute, qu’ils ont complètement fait basculer une opinion publique qui était opposée à l’entrée dans l’Otan et qui y est aujourd’hui totalement favorable”. 

• Risque de récession en Europe

Après le déclenchement du conflit par la Russie, la Commission européenne a abaissé sa prévision de croissance économique à 2,7 %, et augmenté sa prévision d’inflation à 6,1 %. Selon l’ancien président du Conseil italien, les répercussions “très graves” de cette crise se font déjà sentir sur l’économie réelle : “Il faut que l’Europe soit plus efficace et impose, lors du sommet des 30 et 31 mai 2022, un plafonnement des prix de l’énergie sinon elle restera dépendante de toute la volatilité, la flexibilité et les troubles liés à la question du pétrole et du gaz russes. L’Europe ne doit pas se limiter à être spectateur, mais doit intervenir pour limiter les conséquences négatives de la crise sur les familles et sur les entreprises”, insiste-t-il, car “on est très proche d’une récession en Europe”.

• Confédération européenne

Ce serait le moyen de “faire entrer tout de suite les pays qui ont lancé une procédure d’adhésion à l’UE dans la famille européenne tout en menant en parallèle les négociations de leur adhésion de plein droit, car le processus est très long et crée de la frustration”.

Neuf pays ont lancé leur demande d’adhésion à l’UE, parmi lesquels l’Ukraine, qui souhaite une procédure accélérée, et le président Volodymyr Zelensky ne semble pas intéressé par cette Confédération. C’est pourquoi il est essentiel, selon Enrico Letta, de “clarifier le fait que tout cela ne va pas ralentir l’adhésion à l’UE” : on pourrait étendre à terme cette invitation à la Suisse, à la Norvège voire au Royaume-Uni. “Et pourquoi pas renouer un discours avec la Turquie”, car “ce serait une possibilité de démontrer un leadership européen et de créer le lieu où l’État de droit, les démocraties européennes se retrouvent et créent cette zone de libre-échange, sans remettre en question l’Union européenne”, conclut-il.

Emission produite par Sophie Samaille, Perrine Desplats, Georgina Robertson et Isabelle Romero

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