«Je n’ai jamais vu une telle corruption interne» : les écolos se déchirent autour des législatives

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Il fallait voir le sourire satisfait de Julien Bayou, sous ses yeux cernés, une fois l’accord avec les Insoumis pour les élections législatives obtenu au bout de la nuit. C’était sans compter les bisbilles internes inhérentes aux Verts, plus prompts à se mettre des pains qu’à s’envoyer des fleurs.

Ce mercredi soir a éclos l’une de ces guerres picrocholines dont les écolos ont le secret. Dans des messages qui ont beaucoup tourné sur les boucles internes, le porte-drapeau de l’aile gauche du parti Alain Coulombel et ses soutiens ont haché menu la liste de candidats aux législatives soumise au vote par la direction des Verts au conseil fédéral d’EELV. « Ce à quoi nous sommes en train d’assister par ce vote, sur une liste bloquée, est une honte. D’abord, parce qu’elle ne tient pas compte des discussions internes, qui avaient proposé deux listes alternatives. On vous demande sans aucune explication de voter sur une liste unique. Est-ce cela la démocratie dans notre mouvement ? Ensuite, parce que l’engagement qui avait été pris lors du dernier conseil fédéral, sur la juste représentation des sensibilités, n’est absolument pas tenu. La sensibilité du Souffle qui a œuvré, plus que toute autre, pour cet accord avec l’ensemble des gauches, est paradoxalement la plus mal lotie » a écrit le porte-parole d’EELV, représentant du Souffle, courant minoritaire du parti. Il était l’un des plus favorables à l’accord avec LFI.

« C’est juste les vieux mâles marxistes qui font tout pour avoir des places »

« Je suis adhérent depuis 1997. Je n’ai jamais vu une telle corruption interne de notre mouvement où plus aucune règle n’est respectée », a enchéri Jérôme Gleizes, le vice-président du groupe des écolos de Paris, voyant dans cette répartition une « punition » des autres courants d’EELV contre le Souffle. « Je suis triste de ce que nous sommes et de notre incapacité à pouvoir nous donner les moyens de conquérir le pouvoir », ajoute-t-il dépité et appelant à voter contre la liste présentée. « Julien Bayou s’est engagé à respecter la juste représentation des motions de notre parti. Aurait-il menti à notre parlement interne ? Je n’ose y croire », s’est étranglé Mehdy Belabbas, membre d’EELV Perpignan.

« On demandait à LFI de montrer l’exemple en étant largement majoritaire et donc agir en responsabilité, alors qu’on refait la même erreur en interne. C’est infiniment triste », a encore déploré Éric Mourey, militant EELV de Bourgogne. La petite motion « Démocratie écolo » a ajouté son grain de sel. « Je constate qu’après la débâcle des présidentielles, l’étage supérieur des cadres de notre parti a eu droit à sa prime à l’incompétence en se distribuant les places éligibles », a lâché Samuel Szymanski, conseiller fédéral EELV.

« Il y a eu un abus de position dominante de la motion de Julien Bayou », estime un fin connaisseur des Verts, éloigné de Coulombel, qui lui aussi observe que la direction du parti « a pioché dans les parts de gâteau des voisins ». « Bayou leur a fait un gros doigt d’honneur », résume-t-il. Selon un autre, le « Souffle a tenté de court-circuiter le scénario de la direction », particulièrement dans la troisième circonscription de Paris (XVII-XVIIIe arrondissements), attribuée à Léa Balage, une proche de Bayou, où Coulombel voulait s’imposer, dit le même. « Ils ont été déloyaux tout le long de la campagne, et maintenant ils essayent d’imposer un vieux mâle blanc à la place d’une jeune femme… C’est juste les vieux mâles marxistes qui font tout pour avoir des places », cingle un ex-Jadotiste. Une interprétation que dément un proche de Coulombel, arguant que le porte-parole n’a jamais figuré dans le scénario alternatif de liste.

Ce nouvel épisode de tensions intervient peu après un échange acide et dévoilé par l’Express entre Julien Bayou et Mounir Satouri, ex-directeur de campagne de Yannick Jadot. Toutefois, ces dissensions internes n’ont pas bouleversé le vote de la liste, qui a été adoptée ce jeudi par le conseil fédéral à 81 voix pour, 24 contre et 8 votes blancs. Consultée par Le Parisien, elle attribue une bonne partie des circonscriptions à des cadres des Verts. Julien Bayou sera ainsi candidat dans le Xearrondissement de Paris, Éva Sas dans le XIIe, Sandrine Rousseau dans le XIIIe arrondissement, Sandra Regol à Strasbourg ou encore Marine Tondelier à Hénin-Beaumont. De quoi passer pour certains, en quelques heures, du rouge de plaisir au vert de rage.

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