Législatives : le retour du clivage gauche-droite dans le paysage politique français ?

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L’union de la gauche et la coalition présidentielle arrivent en tête du premier tour des élections législatives. Leurs nombreux duels au second tour marquent le retour du clivage gauche-droite dans la future Assemblée nationale.

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Législatives 2022
Législatives 2022 © Studio graphique FMM

Si l’élection présidentielle avait proposé au second tour un nouvel affrontement entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen après celui de 2017, les élections législatives sont, elles, marquées par la renaissance d’un bloc de gauche face au bloc présidentiel. La coalition présidentielle Ensemble ! est arrivée légèrement en tête, dimanche 12 juin, au premier tour des élections législatives avec 25,75 % des voix, selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur, juste devant la Nouvelle Union populaire écologique et sociale de Jean-Luc Mélenchon, qui obtient 25,66 % des suffrages. Derrière, le Rassemblement national obtient 18,68 %, Les Républicains 10,42 % et Reconquête 4,24 %.

Avec un tel coude-à-coude, chacun peut ainsi voir midi à sa porte. Pour la cheffe du gouvernement, Élisabeth Borne, la coalition présidentielle est “la seule force politique en mesure d’obtenir la majorité à l’Assemblée nationale”.

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“Face aux extrêmes, nous seuls portons un projet de cohérence, de clarté et de responsabilité. J’appelle donc toutes les forces républicaines à se rassembler autour de ce projet et de nos candidats”, a-t-elle poursuivi lors d’une allocution depuis le siège de campagne d’Ensemble! à Paris.

La lecture des résultats était toute autre pour Jean-Luc Mélenchon. “La vérité est que le parti présidentiel est battu et défait”, a-t-il réagi, estimant que “les projections en siège à cette heure n’ont à peu près aucun sens”. “Pour la première fois de la Ve République un président nouvellement élu ne parvient pas à réunir une majorité à l’élection législative qui suit”, a ajouté le leader de la Nupes, pour qui le décompte du ministère de l’Intérieur, qui n’a pas comptabilisé les voix de plusieurs candidats de gauche avec celles de la Nupes, est inexact.

Un entre-deux-tours “projet contre projet”

“J’ai le sentiment qu’on a renversé la table, la gauche était censée être morte, nous avons déjoué tous les pronostics et nous arrivons en tête de ce premier tour”, s’est réjouie de son côté la députée LFI Clémentine Autain sur TF1.

Avec 272 duels opposant la Nupes à Ensemble! au second tour des législatives, dimanche 19 juin, c’est donc bien un retour du clivage gauche-droite à l’Assemblée nationale qu’ont choisi les électeurs. “Désormais, c’est un deuxième tour de clarification qui s’ouvre, projet contre projet”, a ainsi commenté le ministre délégué aux Comptes publics, Gabriel Attal, sur le plateau de TF1.

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Hausse des salaires, âge légal de départ à la retraite, fiscalité, services publics, éducation ou encore planification écologique, Europe : tout ou presque oppose la Nupes et Ensemble! sur le plan des idées. De quoi offrir un vrai débat aux électeurs lors de l’unique semaine d’entre-deux-tours.

L’enjeu de la participation au second tour

Pour les deux camps, l’enjeu sera de toute évidence celui de la mobilisation. Moins d’un électeur sur deux s’est rendu aux urnes dimanche. L’abstention a battu un nouveau record pour se situer à 52,49 %, selon les chiffres officiels. Elle est légèrement plus forte qu’il y a cinq ans lorsqu’elle avait atteint la barre des 51,3 %. Le rebond de la participation (26,3 % d’abstention au premier tour) observé lors de la présidentielle d’avril aura été de courte durée.

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Un statu quo au second tour aurait tendance à favoriser la coalition présidentielle. “Nous avons une semaine pour convaincre et obtenir une majorité forte et claire”, a déclaré Élisabeth Borne dimanche soir. “À toutes celles et ceux qui se sont abstenus, je veux dire ce soir de croire dans la force de leur vote et de faire entendre leur voix dimanche prochain”, a-t-elle ajouté.

La Nupes, en revanche, aura besoin d’un important sursaut de la mobilisation pour espérer l’emporter. Jean-Luc Mélenchon ne s’y est d’ailleurs pas trompé en appelant les électeurs à “déferler” lors du second tour. “J’appelle notre peuple, au vu de ces résultats et de l’opportunité extraordinaire qu’elle présente pour nos vies personnelles et pour le destin de la patrie commune, à déferler dimanche prochain, pour rejeter définitivement les projets funestes de la majorité de M. Macron”, a-t-il lancé.

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Conséquence du retour du clivage gauche-droite dans ce scrutin législatif : malgré une forte progression par rapport au premier tour des législatives 2017 – 1 258 172 voix en plus et une progression de 5,48 points –, Marine Le Pen et le Rassemblement national risquent d’être relégués au second plan de la campagne d’entre-deux-tours : Ensemble ! devrait ainsi concentrer ses attaques sur la Nupes, qui fera de même en ciblant la coalition présidentielle.

La finaliste de l’élection présidentielle a jugé possible d’envoyer “un groupe très important” du RN à l’Assemblée nationale, une première depuis 1986. Le mode de scrutin ne lui étant pas favorable, son futur groupe ne devrait toutefois pas excéder les 45 sièges selon les projections de notre partenaire Ipsos Sopra Steria.

En revanche, la Nupes et Ensemble! enverront à eux seuls plusieurs centaines de députés à l’Assemblée – au moins 400 selon Ipsos Sopra Steria. Sans connaître le futur vainqueur du second tour, il est désormais clair que le Palais Bourbon devrait connaître dans les prochains jours un effet de balancier majeur avec le retour d’un important bloc de gauche face à la coalition présidentielle.

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