Mircea Geoana, secrétaire général délégué de l’Otan : “Europe et Alliance fortes vont ensemble”

Europe

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L’Alliance Atlantique se renforce avec la volonté d’adhésion de la Finlande et de la Suède, mais aussi avec les conséquences multiples de la guerre en Ukraine. Pour analyser cette période si particulière, nous recevons Mircea Geoana, le secrétaire général délégué de l’Otan.

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“L’Otan est une pièce centrale de la défense européenne”, affirme Mircea Geoana, secrétaire général délégué de l’Otan. “nous avons parfois besoin d’un choc comme celui de la guerre en Ukraine pour reconfirmer le fait que l’Alliance est centrale pour notre sécurité. Une Europe forte et une Alliance forte vont ensemble”. 

“Le fait d’avoir une guerre aussi brutale, atroce et complexe en Ukraine est une nouvelle réalité. On a cru que seuls les livres d’histoire parleraient de guerre en Europe” déplore-t-il. “Pour nous cela transforme notre pensée stratégique. Cela nécessite de renforcer le flan est de l’Alliance. Le fait que la Finlande et la Suède souhaitent nous rejoindre est la preuve que l’Alliance est la garantie de sécurité la plus importante[…]. Je dirais que c’est peut être la transformation la plus importante au sein de l’Alliance depuis des décennies.”

Au sujet d’un éventuel redéploiement en Europe orientale, le secrétaire général délégué de l’Otan reste prudent, mais assure que l’Alliance va faire “davantage”. Car la Russie est imprévisible maintenant et dangereuse”. 

Interrogé sur les promesses d’investissements des pays membres de l’Otan, les fameux 2 % du Produit intérieur brut (PIB), auxquels semblent vouloir se tenir de plus en plus de pays, Mircea Geoana rappelle que si les pays de l’Est ont l’habitude d’une proximité géographique complexe avec la Russie, pour les pays de l’Ouest, ce nouveau conflit fut un choc. “Je crois que ce réveil stratégique de l’Europe est une bonne chose. Premièrement car cette idée que nous allons vivre dans un monde pacifique à perpétuité n’est pas vraie. Cette guerre a bouleversé l’ordre sécuritaire de l’Europe, mais aussi les hypothèses de base de la sécurité européenne. C’est un réveil stratégique important pour l’Union Européenne aussi, car si ses pays investissent davantage dans la défense, l’Otan sera plus fort, mais l’Union [européenne] sera elle aussi plus forte.”

Le secrétaire général délégué de l’Otan estime par ailleurs qu’il ne faut pas opposer défense européenne et défense à travers l’Alliance Atlantique. “Nous avons besoin des deux organisations. […] Synérgies et complémentarités entre l’Otan et l’Union Européenne sont les mots clés. Je suis un partisan du projet européen. Nous sommes actuellement à un moment de vérité et je crois qu’on va trouver les réponses ensemble”.

Un moment de vérité notamment après la demande officielle d’adhésion de la Finlande et de la Suède. “C’est un moment très important”, dit Mircea Geoana. “Les deux pays sont des partenaires intimes de l’Otan, avec une démocratie impeccable, une armée haut de gamme et une résilience sociale presque unique. Ce sont des pays qui vont augmenter la sécurité en Europe, mais aussi dans l’espace euro-atlantique. Mais nous avons besoin que tous les alliés aient des intérêts sécuritaires au niveau national, c’est le cas de la Turquie qui a exprimé quelques interrogations. Il y a actuellement une négociation en cours. […] Je ne peux pas donner de date exacte, mais je suis confiant sur le fait que nous allons avoir deux nouveaux alliés très prochainement”. 

Du point de vue de l’unité de l’Otan, malgré l’actuelle réticence de la Turquie face à ces nouvelles adhésions, Mircea Geoana se montre confiant : “Je n’ai jamais vu l’Alliance aussi unie qu’en ce moment. L’unité n’est pas l’uniformité. Tous les alliés se sont montrés très unis dans la réponse à la guerre en Ukraine par exemple. Mais nous discutons. Nous travaillons par consensus. On a besoin des trente alliés, puis de temps dans les parlements nationaux, pour ratifier l’adhésion de la Finlande et de la Suède.”

Autre menace pour la sécurité, celle des fausses informations qui pullulent sur les réseaux sociaux et de la cybersécurité. Un fléau contre lequel l’Otan, l’Union Européenne et le G7 travaillent conjointement, assure le secrétaire général délégué de l’Otan, alors que la Russie s’est spécialisée dans la propagande. “Ça a commencé il y a des années. Parfois on a pris cela au sérieux, parfois non. Nos populations et les démocraties de l’Otan sont parfois plus exposées à ce type de mensonges, donc c’est important pour nous d’avoir l’anti-virus pour lutter contre le virus russe”.

Émission préparée par Georgina Robertson, Sophie Samaille, Perrine Desplats et Isabelle Romero

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