Mort d’une femme lors d’un contrôle à Paris : les policiers ressortent libres de leur garde à vue

France

Les trois policiers entendus pendant 48 heures après avoir tiré, à Paris, sur une voiture qui aurait foncé sur eux, tuant par balle la passagère et blessant grièvement le conducteur, ont été libérés, mardi, sans poursuites judiciaires à ce stade, selon leur avocat. À quelques jours des législatives, ce fait divers prend une tournure politique.

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Les trois policiers en garde à vue depuis deux jours pour avoir tiré, la veille, à Paris, sur une voiture qui aurait foncé sur eux lors d’un contrôle routier, sont sortis de garde à vue sans poursuites judiciaires à ce stade, a déclaré, mardi 7 juin, leur avocat.

“Après deux jours de garde à vue au cours desquels mes clients ont pleinement coopéré avec les enquêteurs, ils sortent libres de toute charge (…). L’enquête va se poursuivre sous une autre forme et ils donneront tous les éléments de réponse afin que la vérité se manifeste pleinement”, a déclaré à l’AFP Me Laurent-Franck Liénard. “Ils n’ont rien à cacher et démontreront leur respect des règles et la légitimité de leur action”.

Les trois policiers, qui ont tué par balle la passagère et blessé grièvement le conducteur, avaient été placés en garde à vue dans les locaux de l’inspection générale de la police (IGPN), pour “violences ayant entraîné une ITT (interruption totale de travail) de plus de huit jours avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique” et “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique”.

Parallèlement, la procureure de la République de Paris a annoncé, mardi, que l’enquête sur les tirs des policiers a été confiée à un juge d’instruction. L’information judiciaire a été ouverte notamment pour “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner”, alors que la “garde à vue des trois policiers a été levée pour poursuite des investigations”, a précisé Laure Beccuau dans un communiqué.

Le conducteur, pour sa part, a été placé, mardi, en garde à vue dans l’enquête ouverte notamment pour “tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique”, a aussi annoncé la procureure de Paris. L’enquête est également ouverte pour “refus d’obtempérer aggravé par la mise en danger d’autrui, conduite malgré annulation du permis de conduire et conduite sous l’empire d’un état alcoolique et après avoir fait usage de substances classées comme stupéfiants”.

Un contrôle routier qui dégénère…

Les faits se sont déroulés dans le XVIIIe arrondissement, samedi en fin de matinée, lorsque des fonctionnaires à VTT ont voulu contrôler “une voiture avec quatre passagers dont l’un ne portait pas sa ceinture de sécurité”, a relaté une source policière.

Alors qu’ils s’en approchaient, la voiture a pris la fuite. Un peu plus loin, alors que les policiers tentaient à nouveau de le contrôler, le conducteur aurait démarré et “foncé” sur les policiers qui, selon la police, ont fait usage de leurs armes et atteint le conducteur et une passagère.

Neuf cartouches auraient été tirées, mais des expertises balistiques complémentaires devraient avoir lieu.

Les deux passagers arrière n’ont pas été atteints. Ils ont depuis été entendus par les enquêteurs.

L’un d’entre eux a raconté sur RTL que le conducteur, sans permis, avait “avancé un peu” et “ne s’est pas arrêté” quand un policier le lui a ordonné. Le véhicule s’est retrouvé dans “un genre d’embouteillage” et des coups de feu ont été tirés. “Mon ami a remis la première et a redémarré après les coups de feu”, a assuré cet homme.

Le conducteur purgeait une peine et bénéficiait d’un aménagement en semi-liberté, selon une source proche de l’enquête.

… et qui génère une polémique politique 

À quelques jours du premier tour des élections législatives, le fait divers a pris une tournure politique. Le leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon, est la cible de nombreuses critiques pour avoir dit que “la police tue”, mais il persiste et signe.

Dans ses tweets du week-end, Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé “une police (qui) tue”, coupable d’appliquer “la peine de mort pour un refus d’obtempérer” et exerçant “un abus de pouvoir inacceptable”. “Le préfet approuve ? Le ministre félicite ? La honte c’est quand ?”, avait-il ajouté, s’en prenant aussi au syndicat Alliance qui a pris la défense des fonctionnaires.

Élisabeth Borne a jugé, mardi, “très choquants” et qualifié d'”outranciers” les propos du leader insoumis. “Je trouve très choquant la façon qu’a Jean-Luc Mélenchon de s’en prendre systématiquement à la police avec des propos totalement outranciers”, a déclaré la Première ministre sur France Bleu. “Les policiers exercent une mission difficile au service des Français”.

“Après ce qui s’est passé ce week-end, avec un décès, c’est évidemment tragique”, a jugé Élisabeth Borne. “La justice est saisie et c’est la justice qui dira ce qu’il s’est passé. Une enquête judiciaire est en cours, il y a également une enquête de l’IGPN, on ne peut avoir, comme Mélenchon, une présomption de culpabilité vis-à-vis de la police”.

“4 morts en 4 mois. La mort d’une jeune femme de 21 ans abattue d’une balle dans la tête : pas grave pour Borne”, lui a répondu Jean-Luc Mélenchon, mardi après-midi. “Pour elle, moi seul suis un problème. Borne, Première ministre technocrate sans cœur, sans compassion humaine, sans principe républicain sur la force publique”, a-t-il encore déploré.

Agitation dans une fin de campagne atone

Mardi matin, le leader de La France insoumise avait aussi dit sur France Inter assumer ses propos, expliquant avoir “monté le ton” pour dénoncer “l’évolution de l’usage de la force de la police telle qu’elle est aujourd’hui définie par le pouvoir politique qui commande”. “Je veux qu’on en parle”, a-t-il insisté.

Se défendant d’être “antiflic”, il a de nouveau pointé du doigt les “comportements factieux”, selon lui, de certaines “organisations politico-syndicales” policières.

Outre la Première ministre, les propos de Jean-Luc Mélenchon ont fait réagir le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a déclaré que “les policiers, les gendarmes méritent le respect. Ils font un travail courageux, difficile et risquent leur vie à chaque instant”. Il a aussi appelé à “laisser les enquêtes se faire sans les utiliser comme des otages d’une campagne électorale”.

Jean-Luc Mélenchon est “toujours du côté des voyous”, “jamais des forces de l’ordre”, a fustigé pour sa part sur Franceinfo l’ex-candidate RN à la présidentielle Marine Le Pen.

Dans les rangs de la Nupes, c’est silence radio. Mais les socialistes opposés à l’alliance avec La France insoumise et partisans de candidatures dissidentes pour ces législatives ne se privent pas de joindre leurs voix aux critiques. “Des policiers tombent chaque année pour assurer la protection des Français. Ils méritent notre respect. Les insulter et les salir par électoralisme et par pur cynisme est irresponsable et indigne”, a écrit sur Twitter l’ex-Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve.

Ce sujet des “violences policières” risque d’agiter ces derniers jours d’une campagne jusque-là atone : un policier a tiré dans la nuit de lundi à mardi à Argenteuil (Val-d’Oise) sur un automobiliste âgé de 21 ans et soupçonné d’avoir refusé un contrôle, le blessant au dos, a-t-on appris mardi de sources policières. Fin avril, un policier avait été mis en examen pour “homicide volontaire”, soupçonné d’avoir tué le conducteur et un passager d’une voiture qui aurait forcé un contrôle sur le Pont-Neuf à Paris.

Avec AFP

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