Présidentielle : réélu, Emmanuel Macron a désormais un quinquennat pour rassembler

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Le choix de réunir les soutiens d’Emmanuel Macron devant la tour Eiffel, au soir du second tour de la présidentielle, ce dimanche 24 avril, avait beau être risqué à cause d’une météo incertaine, l’équipe du vainqueur y tenait : « On voulait un endroit en plein air qui ne soit pas associé politiquement à une famille politique, explique un pilier du QG. Ni la place du Trocadéro, ni Bastille, ni République. Ce monument est un symbole de la France connu dans le monde entier ».

Ce choix n’a rien d’anodin : Emmanuel Macron, vainqueur avec 58,55 % des suffrages exprimés contre 41,45 % pour Marine Le Pen, a gagné la bataille de la réélection dans un pays particulièrement divisé. « On doit prendre en compte ce problème : comment gouverner quand une partie des Français est opposée à nous, de façon parfois viscérale ? » s’interroge un ministre de premier plan. Entre les électeurs qui ont voté pour les extrêmes aux deux tours et les abstentionnistes, l’exercice du pouvoir ne va pas être de tout repos. « On a vu revenir les critiques sur l’arrogance du chef de l’État alors qu’elles avaient disparu au moment de la crise Covid », déplore un historique.

Pour surmonter ce défi, Emmanuel Macron a commencé à jouer l’ouverture : « A tous, écrivait-il dans sa profession de foi, je veux vous dire que je vous ai compris et que je vous tends la main ». Dans ce contexte, le quinquennat Macron 2 pourrait ne pas ressembler au Macron 1. « Le président aura un enjeu de cohésion à rebâtir, dit l’un de ses proches. Dans un pays fatigué, qui sort de deux ans de crise sanitaire, Emmanuel Macron doit lancer dès juin ou juillet des chantiers de concertation sur l’éducation et la santé. Et réunir des sensibilités différentes pour montrer que sa méthode Avec vous, ce n’est pas que des mots ».

« Il faut qu’il montre qu’il n’est plus Jupiter »

Alors qu’il avait commencé sur les chapeaux de route en 2017, Emmanuel Macron devrait jouer cette fois la carte des chantiers soumis à discussion. La liste est longue : commission transpartisane sur les institutions, convention citoyenne sur la fin de vie et surtout, concertations sur la réforme des retraites. Autant de sujets, sensibles, qui n’aboutiront pas avant quelques mois.

Le recours au référendum ou l’instauration de la proportionnelle pourraient faire partie de la boîte à outils du nouveau mandat. « Le style de gouvernance comptera beaucoup, Emmanuel Macron est très vigilant là-dessus », glisse un ministre. « Il faut qu’il montre qu’il n’est plus Jupiter, que le processus a changé, tout en restant un homme de décisions », ajoute un confident.

Sur le fond, il devra faire rectifier le budget au Parlement via une loi cet été sur les questions de pouvoir d’achat (indexation des retraites et boucliers tarifaires sur l’énergie). Il est aussi attendu au tournant sur l’écologie. Dans son meeting de Marseille, le 16 avril, Emmanuel Macron a repeint son programme en vert, et promis une architecture gouvernementale adaptée avec notamment un Premier ministre chargé de la « planification écologique ».

Le choix des équipes scruté

Cet effort se traduira-t-il dans le choix de ses équipes ? On guettera en tout cas le dosage entre société civile et grognards de la politique, nouvelles têtes et personnalités expérimentées, ministres techniciens ou poids lourds. « Est-ce que le chef de l’État continuera à vouloir prendre toute la foudre sur lui ou est-ce qu’il la dérivera sur la tête de quelqu’un d’autre, par exemple, sur son Premier ministre », s’interroge par ailleurs un Marcheur.

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Emmanuel Macron aura en tout cas un peu de temps devant lui. Après les législatives de juin, pas d’échéances électorales avant les Européennes de 2024. Cela lui laissera deux ans pour avancer ses pions… « Après ce laps de temps, poursuit un ministre de premier plan, il sait que la vie reprendra son cours, avec l’émergence d’écuries en vue de 2027. Il ne voudra pas s’en mêler directement, ni mettre les doigts dedans. Il en sourira sans doute. Mais il sait que ses capacités s’émousseront au fil du temps ». Car la Constitution ne lui permet pas de briguer un troisième mandat.

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