Présidentielle : réforme des retraites, allocation adulte handicapé… ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron

Meilleures histoires

Réforme des retraites, déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé (AAH), port du voile, protection des femmes victimes de violences… À désormais neuf jours du second tour de l’élection présidentielle, le président candidat Emmanuel Macron était l’invité de la matinale de Franceinfo pour répondre aux questions d’invités sur des sujets de société et éclaircir certains points de son programme.

L’objectif pour le chef de l’État ? Convaincre et rallier les sensibilités de gauche alors que Marine Le Pen et le Rassemblement national n’ont jamais été aussi proches d’accéder à l’Élysée. « Il faut accepter de choisir pour quelque chose qui n’est peut-être pas totalement ce qu’on pense mais qui s’en rapproche le plus », a notamment appuyé Emmanuel Macron, en analysant les différences entre son projet et celui de sa rivale de campagne.

Les retraites réintégreront « des éléments sur la pénibilité »

Emmanuel Macron temporise sur sa réforme des retraites. Après avoir annoncé envisager un âge légal de départ à la retraite à 65 ans, puis 64 ans, le président sortant envisage désormais un référendum et assure que son approche n’est pas « dogmatique ». Ce matin, sur Franceinfo, il assure qu’il « y aura toujours un net avantage pour les carrières longues », et indique que seront réintégrés « des éléments sur la pénibilité, les tâches les plus difficiles, qui permettront d’avoir des bonus et de partir plus tôt ».

Pour que les retraités puissent faire face à l’augmentation du coût de la vie, amplifiée par la guerre en Ukraine, le chef de l’État annonce vouloir indexer les pensions de retraite sur l’inflation. « Dès cet été, je veux qu’on puisse augmenter les retraites de 4 % pour tous les retraités », déclare-t-il. En cas de réélection, Emmanuel Macron souhaite par ailleurs que la pension minimale de retraite (actuellement de 980 euros) soit « portée à 1 100 euros, y compris pour les retraités actuels ». Cette augmentation se fera « à partir de la réforme de la retraite », assure-t-il.

Emmanuel Macron a enfin affirmé que l’âge d’annulation de la décote (à partir duquel les Français peuvent bénéficier d’une retraite à taux plein même sans avoir cotisé intégralement) ne bougera pas. Il restera donc à 67 ans.

Le salaire de Tavares jugé, « choquant et excessif »

Les émoluments de Carlos Tavares, PDG du groupe Stellantis, ex-groupe PSA, qui va toucher un salaire de 19 millions d’euros, dont 2 millions de salaire fixe et près de 47 millions de plus s’il remplit ses objectifs, fait polémique. Emmanuel Macron a jugé ce salaire « choquant » et « excessif ». Le candidat président estime qu’il « faut mener le combat en Européens pour qu’on ait des rémunérations qui ne puissent pas être abusives (…) sinon la société explose ». Le salaire de Carlos Tavares, de près de 66 millions donc, est une rémunération record pour un patron français. C’est environ 10 ou 15 fois la rémunération totale moyenne d’un président du CAC 40.

Impôt des couples et Allocation adulte handicapé (AAH)

Questionné sur sa volonté de faire des déclarations communes d’impôts pour les couples ni pacsés ni mariés et les possibles abus, Emmanuel Macron se dit favorable à un système plus souple. « Je crois à la société de confiance et je ne crois pas à la multiplication des abus. L’idée, c’est qu’on ait un système plus souple. Cela correspond à nos modes de vie », a-t-il indiqué. « C’est une modification de notre système, je pense que c’est tout à fait possible », a-t-il encore défendu, annonçant qu’il y aurait des « déclarations sur l’honneur ». Et d’ajouter : « L’idée derrière tout ça, c’est d’avoir un système plus souple qui permet d’accompagner la vie de nos compatriotes de manière plus adaptée ».

Interrogé ensuite sur la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé (AAH), Emmanuel Macron assure « qu’il faut bouger sur ce point », ce qui ne figurait pour l’instant pas sur son programme. « Aujourd’hui ce qui est vrai, c’est que quelle que soit votre situation, on regarde votre situation familiale et donc on regarde la capacité à contribuer du couple. Ça crée une situation aberrante pour les personnes en situation de handicap donc on va le bouger », certifie le président candidat. Il propose ainsi, soit de déconjugaliser l’AAH, « soit d’avoir un autre revenu qui permette d’accompagner sans qu’il y ait ce couperet » qui pèse sur les personnes en situation de handicap.

« Le voile n’est pas une obsession »

Questionné sur son rapport au voile, Emmanuel Macron indique qu’il ne s’agit « pas d’une obsession » pour lui et son gouvernement. Il souligne au passage « qu’il y a des quartiers où les jeunes filles ne voudraient pas avoir de voile, toutes ces situations existent », mais assure : « J’ai essayé durant ce quinquennat de faire que nos compatriotes dont la religion est l’islam de la vivre de la manière la plus apaisée possible. »

Si le voile est selon lui un « symptôme » d’une tension dans le pays, il affirme ne pas porter l’ambition de changer les règles, que ce soit pour les accompagnatrices de sorties scolaires ou sur le sujet du voile à l’université.

Ficher les hommes coupables de violences conjugales

Sur la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales, Emmanuel Macron propose de « ficher » les hommes qui auraient fait l’objet de « dépôts de plainte » ou de mains courantes pour que l’on « puisse savoir qu’il a déjà des antécédents et avoir une alerte supplémentaire ». Il assure par ailleurs que les forces de l’ordre sont désormais mieux formées qu’auparavant pour recueillir les plaintes et accompagner les femmes victimes de violences. « Maintenant on a formé les policiers et les gendarmes. Toutes celles et ceux qui sortent d’école sont formés », indique-t-il. Un fichage des délinquants sexuels est également envisagé, cela devrait prendre la forme d’un « fichage administratif », à l’image des fichés S, selon le candidat.

Fonction publique et éducation

Emmanuel Macron indique que l’indice minimum de la fonction publique, pour la catégorie C, sera augmenté de 34 euros par mois au premier mai. Le candidat promet ensuite une réforme à l’été et ambitionne de mettre en place une « revalorisation du point » sans donner plus de détails. Durant l’été, « on veut faire une réforme complète de l’organisation de la fonction publique et il y aura une revalorisation du point, pour qu’il permette d’accompagner les éléments de pouvoirs d’achat », a-t-il expliqué.

Le président sortant a enfin réaffirmé sa volonté de mettre en œuvre une indemnité pour les lycéens de la filière professionnelle lors de leurs stages obligatoires en entreprise. Une mesure réclamée depuis longtemps pour ces élèves souvent issus de milieux défavorisés.

Enfants français en Syrie

Interpellé sur les orphelins nés de parents français toujours présents en Syrie, Emmanuel Macron assure qu’ils seront rapatriés, mais ne donne toutefois pas plus de précisions sur les délais de leurs retours. « Ces opérations se feront », affirme le président de la République.

Remboursement de la dette et Premier ministre

Sur le volet économique, Emmanuel Macron dit vouloir commencer « à rembourser la dette » dès 2026. Pour cela, il souhaite investir, « en relançant sur la transition écologique pour créer de l’emploi », en « baissant les impôts » et en « baissant le déficit ».

Interrogé en conclusion sur la possibilité de nommer un Premier ministre de gauche à la tête d’un futur gouvernement, il promet d’associer « tous les talents » qui souhaiteraient le rejoindre dans un éventuel second mandat. Vantant notamment « le travail remarquable » de son ministre du Budget Olivier Dussopt, qui n’avait « pas voté les premiers budgets en 2017 ».

Leave a Reply

Your email address will not be published.