Présidentielle, second tour : 28% d’abstention, record historique depuis 1969

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Le duel est le même, mais le nombre de Français pour les départager a nettement diminué. 28,01 % des électeurs ont boudé les urnes ce dimanche pour le second tour de l’élection présidentielle opposant Emmanuel Macron et Marine Le Pen, d’après les chiffres définitifs du ministère de l’Intérieur. C’est donc davantage qu’en 2017, lorsque l’actuel chef de l’Etat et la candidate Rassemblement national étaient déjà face à face (25,4 %). Mais aussi qu’en 2012 (19,7 %) ou 2007 (16 %). Il faut remonter à l’année 1969 pour retrouver une abstention aussi forte.

En 2002, Jacques Chirac s’était retrouvé face à Jean-Marie Le Pen suite au « coup de tonnerre » de l’élimination de Lionel Jospin. Seuls 20,3 % des électeurs avaient boudé les urnes. Beaucoup de Français s’étaient déplacés pour « faire barrage » au Front national (devenu entretemps le RN) et la participation avait grimpé de dix points par rapport au premier tour.

28,2 % d’abstention ce dimanche, c’est aussi un peu plus qu’au premier tour, le 10 avril dernier (26,3 %). Comme toujours, les jeunes sont ceux qui ont le plus boudé les urnes. Les raisons avancées sont multiples : désenchantement vis-à-vis de la classe politique, campagne électorale très perturbée par la pandémie de Covid-19 puis par la guerre en Ukraine, vacances scolaires…

« Mort du front républicain »

D’après une enquête Ipsos-Sopra Steria pour Le Parisien, France Télévisions et Radio France, 35 % des Français qui envisageaient de ne pas voter à la veille du second tour le justifiaient par le fait qu’ « aucun candidat ne correspond à [leurs] idées ». 25 % disaient en avoir « assez de devoir aller voter uniquement pour faire barrage à un candidat », et 24 % répondaient que « les jeux sont déjà faits, il n’y a pas de suspens sur le vainqueur ».

L’élection pouvait en effet sembler jouée au vu des sondages flatteurs pour le président-candidat. Dans notre dernier sondage quotidien Ipsos Sopra Steria paru vendredi, 67 % des sondés et même 38 % de ceux qui comptaient voter pour Marine Le Pen estimaient que le président-candidat Macron serait réélu. « Pour certains, il y avait l’idée qu’on recommençait en 2022 ce qu’on avait connu en 2017, avec un Emmanuel Macron annoncé vainqueur à l’avance par les sondages et une Marine Le Pen qui se voulait dédiabolisée », commente le politologue Luc Rouban, selon qui cette élection marque aussi « la mort du front républicain ».

Pas de consigne de vote chez Mélenchon

Un autre élément peut avoir « nourri » cette faible participation : le refus de Jean-Luc Mélenchon, qui a rassemblé près de 22 % des voix sur son nom au premier tour, de donner une consigne de vote en faveur d’Emmanuel Macron au nom du « front républicain ». Le leader insoumis a simplement appelé à ce que « pas une seule voix n’aille à l’extrême droite ». Dans la consultation interne réalisée par la France insoumise, un tiers des électeurs mélenchonistes disaient vouloir bouder les urnes ce dimanche. Dans l’enquête Ipsos-Sopra Steria, 39 % des pro-Mélenchon au premier tour et qui comptaient s’abstenir indiquaient en avoir assez de devoir « faire barrage ».

Cette forte abstention pourrait aussi relancer les débats sur le vote électronique ou le vote papier à distance, prôné par certains élus et promis par Emmanuel Macron lui-même durant sa campagne présidentielle de… 2017.

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